Je suis sortie du magasin de fripes.
Un pigeon obèse m’a chié dessus. Con de pigeon.
27/09/2012
02/09/2012
Et après, on dira que...
Ce matin quand le réveil a sonné à huit heures, j'ai soudainement bondi comme une furie, prête à prendre ma douche en quatrième vitesse, hurlant à tous vents : « P... je suis à la bourre, mais mince quelle andouille, je vais être en retard. » Réponse de l'amoureux : « Mais pourquoi ? ». Moi : « Ben c'est ma pré-rentrée, je prends à neuf heures, roooh zuute... ». Lui encore, voix ensommeillée : « On est dimanche, c'est moi qui doit me lever, pas toi. » Soulagement, retour dans le lit chaud comme si c'était la dernière merveille du monde, le cocon et la douceur absolue, comme dans les pubs, sourire de satisfaction accroché aux oreilles !
« Chérie, j'ai enfin trouvé pourquoi Einstein n'avait pas tout à fait raison dans sa théorie de la relativité. Ma découverte va changer la face des sciences. Dieu sait que j'en ai passé du temps sur cette recherche ! Mes efforts sont enfin récompensés ! Les étudiants vont m'aduler à présent. » « Oui mon chéri, dors. Tu as juste fait un autre rêve comme durant toute la semaine. N'oublie pas, ce n'est que demain la rentrée et le laboratoire du lycée n'est pas encore réparé. Allez dors. »
Cri dans la nuit, main à la gorge, yeux exorbités, sueurs froides. Une impression fugace d'avoir perdu toute son énergie. « Que se passe-t-il mon amour ? ». « Ils m'ont encore trouvé, vérifie s'il te plaît, je suis sûre qu'ils ont encore atteint leur but. Et leurs yeux, si tu avais vu leurs yeux. Et ce teint livide, morts mais vivants. », « Écoute, il faut quand même que tu parviennes à t'apaiser par rapport à ça. Je te le redis : tu n'as aucune marque dans le cou. Tes élèves ne sont pas des vampires. »
« Et donc, là, l'élève m'a répondu : « Et la vieille, si tu me lâchais un peu. » [blabla]. Je te raconte pas comment le cours de mon collègue s'est déroulé. Un flop complet, toujours à cause de Chaprot. Mais on ne peut pas le virer du collège parce que sinon il n'a plus aucun établissement où aller...[blabla] Et le principal m'a affirmé que …[blabla] Parce que d'un autre côté, je crains qu'ils n'aient pas le niveau pour comprendre cette œuvre...[blabla]. Pourtant j'ai passé du temps sur la préparation, mais ils ne s'intéressaient à rien, j'avais l'impression de parler dans le vide, tu sais comme quand [blabla] ». « D'accord ma chérie, mais si tu me laissais le temps d'accrocher mon manteau, de m'asseoir, de t'embrasser, avant de me raconter ta journée au collège, hein ? Si tu décrochais quand tu rentres à la maison ? Non ? »
« Tiens, ça me fait penser à mon élève Chaprot, tu sais celui dont je t'ai parlé. La fois où il a dessiné ce magnifique paysage, tu sais, je t'en avais parlé. Qu'est-ce qu'il était doué, je vais le regretter. ». « Oui, mais là, tu es sur une île de la Méditerranée, pendant les vacances, avec ta famille, tes amis. Alors oui, la mer est belle mais je ne vois pas en quoi elle peut te rappeler un de tes élèves qui avait dessiné ses vacances dans les Alpes. »
Je ne comprends pas. J'ai mal à la gorge, je dors mal, je me sens faible. J'ai le crâne en vrac, j'ai mal au ventre. Je respire pas très bien. J'ai des angoisses, je fais des cauchemars. Qu'est-ce qui m'arrive ? Pourtant les vacances étaient bien, je devrais être en forme. « Non, tu ne peux pas être en forme parce que dans une semaine, c'est la rentrée ! ». Argument implacable.
Et après, on dira que les profs ne sont pas sérieux, qu'ils ne prennent pas leur boulot à cœur et qu'ils font toujours ça en dilettante.
07/08/2012
WOT... je te hais
Cette chronique s’adresse aux dizaines de milliers de jeunes femmes, moins jeunes femmes, mères de famille débordées qui ont chez elles un énergumène de type masculin qui a eu la bonne idée, un jour, de découvrir un jeu « massivement multi-joueurs » prénommé délicatement WORLD OF TANKS, WOT pour les intimes. Avec l’abréviation, ça fait presque nom de dieu viking, mais que nenni, ce sont juste des tanks qui se tirent dessus. Le tout ponctué de phrases récurrentes : « Pan dans les dents ; celui-là ne l’a pas percé ; il n’a pas pénétré le blindage ; c’est tombé juste à côté ». Vous avez tout de même la possibilité de changer la langue ce qui laisse parfois croire que votre partenaire est devenu multilingue : « Let’s get the show on the road !» Yes, trop classe. Ça donne presque envie de se trémousser sur un dancefloor. Sans parler des discussions au casque entre joueurs qui vous donnent presque l’impression de participer à un dialogue de sourd puisque vous ne savez jamais tout à fait à qui s’adresse l’élu de votre cœur. Pour vous amuser, vous tentez d’ailleurs subrepticement d’insérer des affirmations n’ayant aucun rapport avec leur conversation afin de brouiller la concentration du joueur sur canapé.
Un jeu donc qui, il faut bien le dire, finira forcément par vous taper sur les nerfs, même si vous essayez régulièrement de vous persuader que ça a des bons côtés. Pendant ce temps, vous pouvez vous entraîner au strip-tease sans être dérangée par un homme en rut, il ne remarque pas vos déhanchements ; vous pouvez tout aussi bien faire le mur du lit conjugal puisque de toute façon, il est vide jusqu’à deux heures du mat ; c’est en général le moment où vous pouvez appeler vos copines pendant deux heures au téléphone et vous épancher sur votre malheur sans être interrompue ; mais vous avez aussi du temps pour créer, vous manucurer ou tout simplement écrire une chronique sur le jeu de malheur qui a fait éruption dans votre vie sans que vous l’ayez invité. Mais toutes ces alternatives ne comblent pas la colère sourde qui gronde dans votre esprit.
Non, parce que ce jeu est chronophage (oubliez les soirées en amoureux), addictif (à partir du moment où le jeu est pratiqué tous les soirs, tous les jours et jusque tard dans la nuit, on doit pouvoir parler d’addiction, non ?) et surtout il entraîne une apathie qui laisse songeur et perplexe. Pendant tout ce temps passé à jouer, vous auriez pu passer une soirée agréable, aller au cinéma, jouer à des jeux DE SOCIETE, faire plein de gros câlins, sortir vous balader, prendre l’air, inventer une vie originale à deux.
Alors je m’adresse à présent au concepteur de ce jeu maudit. Toi, oui toi, petit concepteur de mes deux sache que si par cas je te croise dans la rue, par le plus grand des hasards que peut parfois procurer la vie, sache que je ne t’épargnerai pas. Où que tu sois, tes nuits seront désormais sans repos pour compenser mes heures d’attente dans le lit froid. N’oublie pas que le nombre de femmes bafouées augmente quotidiennement. Ta vie pourrait devenir un cauchemar plus grand encore que le récit atroce et sublime des Chants de Maldoror. Nous te traquerons dans les recoins les plus profonds de la planète. Notre hargne est sans limite. Nous t’exécrons, nous te conchions. Notre colère n’a de limite que l’amour que nous portons à notre homme. Mais ne l’oublie pas, petit concepteur, surtout ne l’oublie pas : NOUS SOMMES LEGION.
06/08/2012
Dis, pourquoi tu dors pas ?
Tiens, il y a une tache au plafond. C’est bizarre, elle n’y était pas avant, ou alors, j’ai pas remarqué. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Une fuite chez les voisins du dessus ? Non ça n’a pas l’air marron, et puis ils nous auraient prévenu, non ? C’est étrange on dirait qu’elle est un peu rouge. Il est fait avec quels matériaux cet immeuble au fait. Bon on s’en fout, rendors-toi. Et si c’était du sang ? Mais oui allez, dors. Non mais vraiment, ça fait longtemps qu’on les entend plus les voisins. Surtout leur bébé. Oh mon dieu et s’ils l’avaient tué. Peut-être qu’ils se sont enfuis et qu’ils l’ont laissé se vider comme un cochon égorgé. Merde, c’est dégueu. Je vais pas réussir à me rendormir là. Je me disais bien que je les trouvais louches ces individus. Et s’ils sont encore là, qui sait si ce ne sont pas des gros psychopathes. Je vais faire attention en les croisant maintenant. Putain ça fout les jetons. Allez dors, dors. Force-toi un peu et pense à des choses plus gaies. Rahh, c’est mort, je vais lire mon livre à la place : L’étrangleur du troisième étage, ça me changera les idées !
Vous connaissez ça vous aussi ? Oui certainement. C’est un petit peu agaçant une insomnie, n’est-ce pas ? Elles sont comme des hydres. Vous avez beau les chasser, elles reviennent sans cesse envahir vos nuits. Elles sont multiformes, puisent leurs origines dans toutes les sources de frustrations, de peurs, d’angoisses et de soucis qui vous submergent. Le florilège des pensées qui nous assaillent la nuit laisse entrevoir un soupçon de schizophrénie aiguë. Certaines sont soft d’autres à la limite de l’internement.
Il y a les insomnies qui vous permettent de configurer votre journée du lendemain, les « insomnies listing ».
« Alors je vais me lever à 7 heures, c'est-à-dire dans moins de deux heures. Sachant que je n’ai dormi que trois heures cette nuit, cela me laisse la possibilité de : me lever, faire le ménage, la vaisselle, la lessive, ranger tous les papiers, aller au boulot, assurer les presque 10 heures de présence sans piquer du nez, rentrer, faire les courses, finir de tailler et d’assembler ma prochaine robe, préparer le repas, débarrasser, refaire la vaisselle, (ici, c’est une femme sans enfant évidemment, sinon, il faudrait ajouter lever les enfants, les habiller, les faire petit-déjeuner, retrouver les affaires de classe qui manquent dans le cartable, mais pourquoi ça n’a pas été fait la veille, bon sang, les amener à l’école, les récupérer, amener le grand au rugby, le petit au judo, vérifier les devoirs, leur faire prendre le bain, les faire manger, laver les dents, lire une histoire, lutter pour que le premier éteigne la lumière et que l’autre ne fasse pas de cauchemar et pipi au lit), être sublime pour votre amoureux, faire un câlin, et… vous replonger dans une foutue insomnie.
Après avoir imaginé cette journée qui vous attend, il est évidemment impossible pour vous d’achever les deux heures de sommeil qui vous restaient. La journée va forcément prendre une tournure moins précise, plus chaotique. Du genre : vous vous cognez le pied au réveil, le chauffe-eau a pété, la voiture ne démarre pas, vous explosez au boulot déversant un maelström incohérent d’inepties à tous ceux que vous croisez, vous oubliez de récupérer le petit au judo, vous finissez par le retrouver au commissariat puisqu’on n’a pas pu vous joindre sur votre portable éteint, vous passez pour une mère indigne, le dîner crame parce que vous êtes en train de faire trente-six choses à la fois. Vous pensez très brièvement à faire un énorme bang avec le méthane qui s’échappe des brûleurs de la cuisinière mais votre optimisme vous en défend... Bref, la journée que vous aviez planifié avec précision se transforme en hécatombe pour s’achever en une chute vertigineuse dans un sommeil profond de plusieurs heures pendant lesquelles le monde pourrait bien s’effondrer, vos enfants détruire entièrement la baraque. Mais non, au contraire, face à cet épuisement absolu, votre compagnon s’occupe de tout en disant à voix basse à vos rejetons : « Chut les enfants, maman est très fatiguée aujourd’hui, alors on ne va pas faire de bruit ni d’histoire et on va tout faire à sa place ce soir. » Tirez-en la leçon que vous voulez !
On vit aussi parfois l’insomnie-efficacité : tout ce que vous avez planifié dans l’insomnie ci-dessus, vous le faites pendant la nuit. Dans ce cas, essayez, si possible, de ne pas inclure toutes les tâches concernant vos enfants, vous finiriez encore au poste en laissant votre plus petit devant la salle de judo à 3 heures du matin ! Ca ne se fait pas, tout simplement. Non vraiment.
Il y a aussi l’insomnie où vous rejouez votre journée. Vous savez, celle où vous vous êtes retrouvée incapable de riposter aux attaques, où les mots sont venus quelques heures après la bataille, celle où on se réfugie dans les toilettes après une rixe et qu’on se regarde dans un miroir en se disant qu’on est trop conne bordel de bordel. Mais cette nuit, pendant cette absence de sommeil presque salutaire, vous envoyez enfin péter votre collègue qui vous charrie sans relâche, les réponses aux angoisses que vous aviez eues sont effacées d’un revers de conscience nonchalante. Vous rechargez vos accu en puissance de feu redoutable. Cette insomnie-là est revigorante, mais ne sentez-vous pas un léger goût amer de : « Mais pourquoi n’as-tu pas eu la force de dire tout ça sur le moment ? » La prochaine fois, apprenez par cœur vos répliques cinglantes ; entrainez-vous sur votre compagnon, vos enfants, faites comme vous voulez, mais ne laissez pas passer les leçons de cette décharge d’adrénaline.
Bon, il y a aussi l’insomnie-partagée. Celle-ci est vraiment fourbe, égoïste. C’est celle du : « Tu dors ? Hé, tu dors ? Hého, tu dors ? Oh pardon je t’ai réveillé. Désolée, j’arrivais pas à dormir parce que blablablablablablablablablabla. » Alors-là, dites-le vous tout net, si votre moitié ne vous tranche pas la gorge c’est qu’elle fait preuve d’un amour inconditionnel dont il s’agirait de conserver tout l’éclat pendant encore un bon moment. Alors choisissez une autre insomnie plutôt que d’affronter la honte d’avoir pollué l’esprit d’un être aimé. Bouh, pas beau…
Comme vous le voyez, vous n’êtes pas seule face à votre psychopathie du sommeil. Alors racontez-nous, vous aussi, vos insomnies. Rassurez-nous en prouvant que tous ces moments de grande solitude ne sont pas uniques. Aidez-nous à accepter nos petits moments de folie passagère. Elle deviendra plus douce et acceptable. Et puis, vous avez peut-être des petits trucs infaillibles pour les faire passer. Nous acceptons tout : psy, tartes dans la gueule ou sages recettes de grands-mères.
24/07/2012
Street Fighter ou Woodstock ?
Fight number one : Arrête de me couper la parole, je ne peux pas en placer une ; tu ne m’écoutes pas ; mais non c’est toi, tu m’agresses ; tu as tort ; allez tais-toi, tu dis n’importe quoi ; ok je ne dis plus rien.
Ha là, là, quel échange superbe de coups dans cette première partie. Le premier round est particulièrement serré ; les répliques fusent et les deux concurrents s’affrontent corps et âme dans une hargne inépuisable. Le silence de fin est lourd de sens et a dû méchamment affaiblir l’adversaire qui ne peut riposter face à une décision si rapide. Après ce moment d’une intensité rare, les deux lutteurs vont devoir se ressourcer afin de persifler plus efficacement encore. Mais voyons le deuxième round.
Fight number two : De toutes façons ça a toujours été comme ça ; mes arguments ne valent jamais rien ; et moi alors, tu prends en compte ce que je dis ? Mais j’ai pas besoin de toi pour m’en sortir ; c’est ça, j’aimerais voir ça ; oui, tu verras, l’avenir nous le dira et j’ai déjà fait mes preuves, pas toi.
Ha c’est superbe. Insinuation de mauvaise conscience, esprit revanchard, dénigrement, estime de soi alternant entre sur-estime et sous-estime. Ces concurrents sont extraordinaires d’endurance. Oui surtout quand on sait qu’ils pratiquent ce sport depuis de nombreuses années. Oui de vrais partenaires de vie !
Heu, excusez-moi de m’insinuer dans ce petit échange délicat et fructueux, mais la vie c’est ça ? C’est obligatoirement un combat et une lutte permanente avec l’être aimé, le collègue, l’ami ? Euh, rassurez-moi, on peut vivre sans entrer perpétuellement en concurrence avec ceux que l’on aime ou que l’on côtoie ? Hein, dites ? Non parce que franchement, c’est pas un peu épuisant tout ça ? Enfin moi, je sais pas, hein mais à chaque fois que je me mets en colère, je serre les dents, je contracte mes épaules, ma nuque devient un mur de béton. Je deviens Hulk en personne. Et on sait que quand même quand il se transforme en géant vert le Monsieur, ben il a un peu mal, quand même. Ca fait mal au corps et à l’âme tout ça, non ? On peut pas ajouter un peu de cordialité dans tout ce fatras ? Quitte à ce que ça devienne un peu artificiel au début mais bon, c’est peut-être un coup à prendre non ?
Alors on reprend :
Echange numéro un : S’il te plaît, est-ce que je peux finir ma phrase et après je t’écouterai plus attentivement si j’ai réussi à exposer mon argument ? Oui, bien-sûr, excuse-moi, mais j’avais peur que tu ne saisisses pas ce que je voulais dire, mais poursuis. Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis, mais je veux bien l’entendre. J’ai souvent l’impression d’avoir tort quand je te parle. Et bien si je te donne cette impression je m’en excuse, mais de mon côté je suis triste de voir que mon point de vue n’est pas souvent pris en compte. Et cetera, et cetera !
Echange numéro deux : Tu sais je souffre de ce dénigrement depuis longtemps déjà, et pourtant je pense que ce n’est pas ce que tu cherches. Oui mais de mon côté, je ne me sens pas écouté. J’ai la sensation de parler dans le vide alors que tu retiens certainement ce que je dis. Bon et puis, finalement, on a peut-être fortement besoin l’un de l’autre pour continuer à vivre. On pourrait essayer de trouver un terrain plus détendu à l’avenir, qu’en penses-tu ?
Certes c’est moins pêchu, mais on respire un peu. Non ? D’accord, il y a un petit côté bisounours qui se réveille en nous. On a l’impression d’assister à une séance collective de purge de violence. On se met des couronnes de fleurs sur la tête et on chante Imagine tous en cœur. Oui ben pourquoi pas après tout. Est-ce que ça nous ferait tant de mal que ça de mettre un peu moins de rancœur dans nos échanges ? Se mettre à l’écoute de l’autre, accepter les conseils de nos entourages, accepter de ne pas imposer les conseils mais de les transformer en suggestions. Apprendre à ne plus s’imposer. Se faire plus petit, plus humble. Crier des petits slogans du genre « Amour-propre au cachot, la violence c’est pas bô ! ».
Ouaip, peace and love mes frères. Nous le savons tous, c'est facile à dire, plein de bons sentiments. Mais après tout, c'est peut-être bien les bons sentiments non ? Alors même après 2 ans, 10 ans ou 40 ans de vie commune, laissons entrer la sérénité dans nos pénates. Les orteils en éventail, c’est plus sympa que serrés dans des escarpins étroits.
15/06/2012
Deux baffes et ça repart
Le sol est vaseux, vos pieds s’enfoncent dans une glaise épaisse et dense. L’obscurité glaciale règne autour de vous. Vous vous sentez écartelée dans tous les sens perdue au milieu d’une confusion perverse qui pollue votre esprit et vos sens. Une sensation d’étouffement envahit votre corps. Ce n’est pas un cauchemar, mais juste votre vie, le marasme dans lequel vous évoluez, sans pouvoir décoller les pieds de cette terre trop meuble et trop mouvante pour que vous vous stabilisiez.
Bon, on ne va pas se voiler la face et se la raconter, genre je-suis-trop-fort-même-pas-ça-m’arrive-à-moi. Tout le monde a vécu un truc similaire au moins une fois dans sa vie. Tttttt, pas d’histoire, on connaît la chanson :
- Les réveils vous rapprochent plus d’une victime de tsunami que d’un oisillon qui vient juste d’apprendre à voler.
- Vos yeux en disent plus long sur la noirceur du monde qui se reflète dans vos orbites que sur la découverte improbable du vaccin contre le virus du SIDA.
- Votre humeur vous fait passer de Mister Hide à Hulk quand il est hyper véner en moins de deux secondes, sans passer par la case Dr Jekyll ou Barbapapa. Et il vaut mieux éviter de vous demander comment ça va, le matin, à midi, à 13h30 ou à 17h ou à aucun moment de la journée finalement, voire de la semaine. C’est mieux.
- Votre esprit combatif s’est depuis bien longtemps transformé en une sorte de tumeur aigrie et désagréable dont les seuls mots qui sortent sont emplis d’ironie lourde et de soupirs hystériques.
- Dans ces moments-là, il vaut mieux déconseiller aux amis véritables de chercher à prévoir une sortie en votre compagnie. Ils finiraient les yeux injectés de sang, obligés qu’ils seront de se retenir de vous étriper en entendant vos jérémiades continuelles. Oui parce qu’évidemment, cette violence intérieure est communicative et vos ondes négatives ont largement irradié un vaste rayon de vos connaissances. Pensez à vérifier vos arrières au cas où certains auraient misé sur votre caboche auprès d’un tueur à gages.
- Sans compter que de toutes façons, vous n’avez aucune envie de sortir, préférant une bonne soirée déprime à regarder 60 fois votre compte face de bouc en moins de quatre minutes pour voir s’il y a de nouvelles actualités. Et bien non. Sachez-le, vos amis ne sont pas scotchés au réseau. Ils sortent et ont une vie sociale parfois très épanouie. Si, si !
- A cela s’ajoute inévitablement un rapport à la nourriture proche d’une livraison d’un sac de riz en Ethiopie : un carnage. Sauf que dans ce cas les denrées choisies par vos soins feraient pâlir un petit africain affamé. Les bonbons font exploser votre budget, ainsi que les boutons de votre pantalon et ceux de votre visage. Vous regardez parfois les chiottes en vous disant que vous vomiriez bien un coup, mais non, vous ne tomberez pas si bas, réflexion faite avec un sandwich saucisson-camembert dans la bouche. Pathétique.
Bref, vous déprimez. Mais vous en êtes consciente, début qui pourrait paraître prometteur si vous n’aviez pas pris la fâcheuse habitude de tout voir en noir profond.
Alors vous cherchez tout de même des solutions :
- Le sport : votre volonté de fer n’y parviendra jamais, le fer est émoussé. Impossible de vous bouger plus d’une fois par mois. Cela vous fait du bien, mais l’effort à fournir pour bouger vos fesses jusqu’à la salle de sport ou la piscine représentent un obstacle que seul un super héros pourrait franchir.
- Les livres qui font que tout-de-suite-là-maintenant tu te sens trop prête à affronter la vie et ses épreuves trop difficiles, tu vois : bon ça marche un temps, au moins pour voir les choses en gris. Vous avez fait toute la batterie de tests de la collection des ouvrages « Pour » : Pour gérer le stress, Pour penser positif, Pour faire du bien à votre corps, Pour mieux manger le soir, Pour réussir à poser le pied droit en premier le matin, Pour réussir à te dire que tu n’es pas complètement une merde parce que tu dois croire en toi et opter pour la positive attitude ! Ces livres vous permettent de conscientiser votre tristesse, vos faiblesses, mais au final, ça ne résout rien.
- La psy : vous choisissez l’option psychologue plutôt que psychiatre afin d’éviter la médicamentation. En effet, à votre état larvaire pourrait s’ajouter une dangereuse dépendance, des accès de furie hystérique, des phases de sommeil profond, des plongées dans des univers parallèles qui donneront l’impression que vous avez fumé un champ entier de marijuana. Il vous faut tout de même faire montre d’une certaine contenance au boulot. L’option psy pourra vous permettre d’évoluer et surtout de parler à quelqu’un d’extérieur. Cela soulagera vos amis et votre famille. Lesquels enverront en douce des lettres de remerciement pour les avoir enfin libérés du joug de vos plaintes et sautes d’humeur. Mais cela ne suffira pas. Introspection et compagnie 0 – déprime 10.
Non, toutes ces techniques ne suffiront pas. Vous n’aurez pas le déclic. Et vous continuerez d’attendre de pouvoir donner une impulsion pour remonter à la surface.
Et un jour, au détour d’une de vos sempiternelles tergiversations, une ou deux amies agiront sans le savoir comme un coup de fouet stimulant. L’effet « deux baffes et ça repart ». Elles vous assènent un uppercut qui devrait, de l’avis de tous, vous laisser sur le carreau. Une remarque sur votre comportement, une pique à l’encontre de votre égoïsme ou de votre mécontentement permanent et le ciel soudain s’ouvre sous vos yeux. Vous vous retrouvez face à votre propre portrait, tel un miroir reflétant votre être profond, face à vous-même.
Vous avez alors deux solutions :
- Soit vous ne parlez plus jamais à vos copines parce que là franchement elles ont trop exagéré, tu vois, j’aurais jamais cru ça d’elles ! Oui non mais trop pas ! Vous continuez gentiment à vous voiler la face et à vivre dans votre petit monde glauquissime.
- Soit vous acceptez de voir la vérité en face, vérité que vous connaissiez parfaitement, mais qu’il était plus facile d’enfouir bien profond. C’est alors que vous réagissez. L’envie, enfin, de taper de nouveau du pied, de quitter la vase, de respirer un grand bol d’optimisme et de sérénité vous submerge.
Comme un puzzle inachevé, les pièces se remettent une à une dans leur disposition finale pour créer un tableau que vous discernez enfin : votre instant présent et votre capacité à avancer par petits pas ou grands sauts, vers un horizon plus favorable. Une étrange sérénité voit le jour et envahit votre esprit. Vous savez que le combat contre vous-même ne touche pas encore à sa fin (le fera-t-il d’ailleurs un jour ?) mais vous avez envie de vous battre à nouveau, avec le sourire. C’est un combat serein, une construction plus qu’une destruction.
Alors d’un simple mouvement, un baiser sur une joue, vous remerciez vos amies d’avoir été ce qu’elles devaient être : des amies.
Bon, on ne va pas se voiler la face et se la raconter, genre je-suis-trop-fort-même-pas-ça-m’arrive-à-moi. Tout le monde a vécu un truc similaire au moins une fois dans sa vie. Tttttt, pas d’histoire, on connaît la chanson :
- Les réveils vous rapprochent plus d’une victime de tsunami que d’un oisillon qui vient juste d’apprendre à voler.
- Vos yeux en disent plus long sur la noirceur du monde qui se reflète dans vos orbites que sur la découverte improbable du vaccin contre le virus du SIDA.
- Votre humeur vous fait passer de Mister Hide à Hulk quand il est hyper véner en moins de deux secondes, sans passer par la case Dr Jekyll ou Barbapapa. Et il vaut mieux éviter de vous demander comment ça va, le matin, à midi, à 13h30 ou à 17h ou à aucun moment de la journée finalement, voire de la semaine. C’est mieux.
- Votre esprit combatif s’est depuis bien longtemps transformé en une sorte de tumeur aigrie et désagréable dont les seuls mots qui sortent sont emplis d’ironie lourde et de soupirs hystériques.
- Dans ces moments-là, il vaut mieux déconseiller aux amis véritables de chercher à prévoir une sortie en votre compagnie. Ils finiraient les yeux injectés de sang, obligés qu’ils seront de se retenir de vous étriper en entendant vos jérémiades continuelles. Oui parce qu’évidemment, cette violence intérieure est communicative et vos ondes négatives ont largement irradié un vaste rayon de vos connaissances. Pensez à vérifier vos arrières au cas où certains auraient misé sur votre caboche auprès d’un tueur à gages.
- Sans compter que de toutes façons, vous n’avez aucune envie de sortir, préférant une bonne soirée déprime à regarder 60 fois votre compte face de bouc en moins de quatre minutes pour voir s’il y a de nouvelles actualités. Et bien non. Sachez-le, vos amis ne sont pas scotchés au réseau. Ils sortent et ont une vie sociale parfois très épanouie. Si, si !
- A cela s’ajoute inévitablement un rapport à la nourriture proche d’une livraison d’un sac de riz en Ethiopie : un carnage. Sauf que dans ce cas les denrées choisies par vos soins feraient pâlir un petit africain affamé. Les bonbons font exploser votre budget, ainsi que les boutons de votre pantalon et ceux de votre visage. Vous regardez parfois les chiottes en vous disant que vous vomiriez bien un coup, mais non, vous ne tomberez pas si bas, réflexion faite avec un sandwich saucisson-camembert dans la bouche. Pathétique.
Bref, vous déprimez. Mais vous en êtes consciente, début qui pourrait paraître prometteur si vous n’aviez pas pris la fâcheuse habitude de tout voir en noir profond.
Alors vous cherchez tout de même des solutions :
- Le sport : votre volonté de fer n’y parviendra jamais, le fer est émoussé. Impossible de vous bouger plus d’une fois par mois. Cela vous fait du bien, mais l’effort à fournir pour bouger vos fesses jusqu’à la salle de sport ou la piscine représentent un obstacle que seul un super héros pourrait franchir.
- Les livres qui font que tout-de-suite-là-maintenant tu te sens trop prête à affronter la vie et ses épreuves trop difficiles, tu vois : bon ça marche un temps, au moins pour voir les choses en gris. Vous avez fait toute la batterie de tests de la collection des ouvrages « Pour » : Pour gérer le stress, Pour penser positif, Pour faire du bien à votre corps, Pour mieux manger le soir, Pour réussir à poser le pied droit en premier le matin, Pour réussir à te dire que tu n’es pas complètement une merde parce que tu dois croire en toi et opter pour la positive attitude ! Ces livres vous permettent de conscientiser votre tristesse, vos faiblesses, mais au final, ça ne résout rien.
- La psy : vous choisissez l’option psychologue plutôt que psychiatre afin d’éviter la médicamentation. En effet, à votre état larvaire pourrait s’ajouter une dangereuse dépendance, des accès de furie hystérique, des phases de sommeil profond, des plongées dans des univers parallèles qui donneront l’impression que vous avez fumé un champ entier de marijuana. Il vous faut tout de même faire montre d’une certaine contenance au boulot. L’option psy pourra vous permettre d’évoluer et surtout de parler à quelqu’un d’extérieur. Cela soulagera vos amis et votre famille. Lesquels enverront en douce des lettres de remerciement pour les avoir enfin libérés du joug de vos plaintes et sautes d’humeur. Mais cela ne suffira pas. Introspection et compagnie 0 – déprime 10.
Non, toutes ces techniques ne suffiront pas. Vous n’aurez pas le déclic. Et vous continuerez d’attendre de pouvoir donner une impulsion pour remonter à la surface.
Et un jour, au détour d’une de vos sempiternelles tergiversations, une ou deux amies agiront sans le savoir comme un coup de fouet stimulant. L’effet « deux baffes et ça repart ». Elles vous assènent un uppercut qui devrait, de l’avis de tous, vous laisser sur le carreau. Une remarque sur votre comportement, une pique à l’encontre de votre égoïsme ou de votre mécontentement permanent et le ciel soudain s’ouvre sous vos yeux. Vous vous retrouvez face à votre propre portrait, tel un miroir reflétant votre être profond, face à vous-même.
Vous avez alors deux solutions :
- Soit vous ne parlez plus jamais à vos copines parce que là franchement elles ont trop exagéré, tu vois, j’aurais jamais cru ça d’elles ! Oui non mais trop pas ! Vous continuez gentiment à vous voiler la face et à vivre dans votre petit monde glauquissime.
- Soit vous acceptez de voir la vérité en face, vérité que vous connaissiez parfaitement, mais qu’il était plus facile d’enfouir bien profond. C’est alors que vous réagissez. L’envie, enfin, de taper de nouveau du pied, de quitter la vase, de respirer un grand bol d’optimisme et de sérénité vous submerge.
Comme un puzzle inachevé, les pièces se remettent une à une dans leur disposition finale pour créer un tableau que vous discernez enfin : votre instant présent et votre capacité à avancer par petits pas ou grands sauts, vers un horizon plus favorable. Une étrange sérénité voit le jour et envahit votre esprit. Vous savez que le combat contre vous-même ne touche pas encore à sa fin (le fera-t-il d’ailleurs un jour ?) mais vous avez envie de vous battre à nouveau, avec le sourire. C’est un combat serein, une construction plus qu’une destruction.
Alors d’un simple mouvement, un baiser sur une joue, vous remerciez vos amies d’avoir été ce qu’elles devaient être : des amies.
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